En 2024, la France a enregistré une vague de coqueluche d’une ampleur inédite depuis plus de vingt ans. Partout en Europe et sur le continent américain, la tendance est la même : la maladie revient alors que la couverture vaccinale reste élevée. Comprendre ce paradoxe demande de regarder au-delà du simple calendrier vaccinal.
Pourquoi l’immunité contre la coqueluche s’érode avec le temps
Imaginez un bouclier qui se fragilise un peu chaque année. C’est exactement ce qui se passe avec les vaccins acellulaires utilisés aujourd’hui contre la coqueluche. Ces vaccins protègent très bien dans les mois qui suivent l’injection, mais leur protection diminue progressivement en quelques années.
Ce déclin n’est pas un défaut récent. Une étude de l’université du Michigan, cosignée par Matthieu Domenech de Cellès de l’Institut Pasteur, a montré que la résurgence de la coqueluche s’explique par des facteurs inscrits dans la durée : renouvellement naturel de la population, couverture vaccinale imparfaite et lent déclin de la protection conférée par des vaccins efficaces mais non permanents.
Autrement dit, le problème n’est pas que les vaccins seraient devenus mauvais. C’est que leur durée de protection ne couvre pas toute une vie, et que chaque génération accumule des personnes dont l’immunité est retombée.
Coqueluche et pandémie de COVID-19 : l’effet domino sur la vaccination

Vous avez remarqué que plusieurs maladies infantiles sont revenues en force depuis 2022 ? La coqueluche en fait partie, et le lien avec la pandémie de COVID-19 est direct.
Pendant les confinements et les mois qui ont suivi, de nombreux rendez-vous de vaccination pédiatrique ont été reportés ou annulés. Ce retard a créé des poches d’enfants insuffisamment protégés. Selon l’OMS Région Europe, plus de 250 000 cas de coqueluche ont été recensés dans la zone européenne en 2024, dans un contexte de résurgence liée à ces lacunes de couverture.
Le phénomène ne se limite pas à l’Europe. En 2026, des flambées de coqueluche ont été documentées en Argentine, au Brésil, au Canada, au Honduras et dans plusieurs États américains. La dynamique est mondiale et représente une rupture nette après des décennies de progression lente des cas.
Adultes et adolescents : des réservoirs silencieux de Bordetella pertussis
On associe souvent la coqueluche aux nourrissons. Pourtant, ce sont fréquemment les adultes et les adolescents qui transmettent la bactérie Bordetella pertussis aux bébés. Pourquoi ? Parce que chez un adulte dont le rappel vaccinal date de plusieurs années, la coqueluche ressemble à une toux banale qui traîne.
Un adulte infecté peut tousser pendant des semaines sans jamais soupçonner la coqueluche. Il continue à travailler, à prendre les transports, à rendre visite à des proches, y compris des nouveau-nés. Or la maladie est extrêmement contagieuse : une personne atteinte en contamine en moyenne quinze autres.
Un avis sanitaire du Delaware publié en août 2026 a confirmé une augmentation récente des cas chez les adolescents et les nourrissons, avec une recommandation d’antibiothérapie précoce et de prophylaxie pour tous les contacts proches. Ce schéma se répète dans de nombreuses régions.
Quels signes doivent alerter chez l’adulte
- Une toux sèche persistante au-delà de deux semaines, sans amélioration malgré un traitement classique
- Des quintes de toux nocturnes suivies de difficultés à reprendre son souffle, parfois accompagnées de vomissements
- Une toux qui s’aggrave progressivement au lieu de diminuer, contrairement à un simple rhume ou une bronchite
Les antibiotiques prescrits contre la coqueluche ne raccourcissent pas la durée des symptômes. En revanche, ils réduisent la période pendant laquelle le patient est contagieux, ce qui protège l’entourage.
Rappel vaccinal contre la coqueluche : qui est concerné et quand

Le calendrier vaccinal français prévoit plusieurs doses de vaccin coquelucheux acellulaire pendant l’enfance, puis un rappel à l’adolescence. Le problème, c’est que beaucoup d’adultes ignorent qu’un rappel est recommandé dans certaines situations précises.
- Les futurs parents et l’entourage proche d’un nouveau-né (stratégie dite du cocooning) doivent vérifier leur statut vaccinal
- Les professionnels de santé et les personnes travaillant au contact de nourrissons sont concernés par des rappels réguliers
- Les femmes enceintes se voient recommander une dose de vaccin pendant la grossesse dans plusieurs pays, afin de transmettre des anticorps au fœtus avant la naissance
- Tout adulte n’ayant pas reçu de rappel contenant la valence coqueluche depuis plus de dix ans peut en bénéficier
La vaccination pendant la grossesse protège le nourrisson dès ses premières semaines de vie, avant même qu’il ne reçoive ses propres injections. Une étude récente a d’ailleurs souligné la sécurité du vaccin dTcaP (diphtérie, tétanos, coqueluche acellulaire, poliomyélite) administré pendant la grossesse.
Recherche vaccinale : vers des vaccins coqueluche de nouvelle génération
Les vaccins acellulaires actuels ciblent quelques protéines de la bactérie. Cette approche limite les effets secondaires par rapport aux anciens vaccins à germes entiers, mais elle produit une réponse immunitaire moins durable. Les chercheurs travaillent sur plusieurs pistes pour corriger ce déséquilibre.
À l’Inserm et à l’Institut Pasteur de Lille, des équipes explorent des formulations capables de stimuler une immunité plus large et plus persistante. L’objectif est un vaccin qui protège pendant une décennie ou plus, réduisant la nécessité de rappels fréquents.
En attendant ces avancées, la stratégie repose sur le respect du calendrier vaccinal existant, les rappels ciblés et la vigilance face à une toux prolongée chez l’adulte. La coqueluche reste une maladie où chaque dose de rappel compte, non seulement pour la personne vaccinée, mais pour les nourrissons trop jeunes pour être protégés par leur propre vaccination.