Les effets méconnus de la sclérose en plaques sur la vie quotidienne

Ouvrir un bocal, suivre une conversation dans un restaurant bruyant, conduire sur un trajet pourtant familier : pour une personne vivant avec une sclérose en plaques, ces gestes banals peuvent devenir des obstacles concrets. Les symptômes les plus visibles de la SEP (troubles moteurs, poussées inflammatoires) captent l’attention médicale. Les effets qui minent le quotidien sans se voir restent, eux, largement sous-estimés.

Double tâche et SEP : quand le cerveau ne suit plus au quotidien

Marcher en téléphonant, cuisiner en surveillant un enfant, traverser un carrefour en repérant les feux : on fait tout cela sans y penser. Pour une personne atteinte de sclérose en plaques, la double tâche devient une source réelle de difficulté.

Une étude de l’Université de Hasselt (UHasselt), publiée en 2026, a mesuré la prévalence et l’ampleur des difficultés perçues en situation de double tâche chez les personnes vivant avec la SEP. Les résultats montrent que ces difficultés sont fréquentes et significatives, bien au-delà de ce que l’entourage imagine.

Ce n’est pas un problème de concentration au sens classique. Le système nerveux central, déjà ralenti par les lésions de la substance blanche, peine à gérer deux flux d’information simultanés. En pratique, cela signifie qu’une personne peut très bien marcher sur un sol plat, mais trébucher dès qu’on lui pose une question en même temps.

Les conséquences sont directes : on renonce à certaines sorties, on évite les supermarchés bondés, on arrête de conduire avant même que le neurologue ne le suggère. Le repli social commence souvent par la double tâche, pas par le handicap moteur.

Homme atteint de sclérose en plaques marchant avec une canne dans le couloir de son domicile, expression déterminée

Fatigue liée à la SEP : un symptôme invisible qui structure toute la journée

La fatigue de la sclérose en plaques n’a rien à voir avec la fatigue ordinaire. On ne parle pas d’un coup de barre après le déjeuner. On parle d’un épuisement neurologique qui peut survenir dès le réveil et qui ne cède pas avec le repos.

Ce symptôme touche la majorité des personnes atteintes de SEP. Il conditionne l’organisation entière de la journée : planifier les courses le matin (quand l’énergie est là), renoncer à un dîner entre amis parce que la fin d’après-midi est déjà un mur, fractionner les tâches ménagères sur plusieurs jours.

Thérapies digitales pour la fatigue SEP

Un protocole d’essai randomisé récent décrit REFUEL-MS, une thérapie digitale app-basée combinant principes de thérapie cognitivo-comportementale, exercice physique et travail de l’équilibre. L’objectif est de réduire la sévérité de la fatigue à six mois, mesurée par le Chalder Fatigue Questionnaire. Ce type de programme structuré, soutenu par un professionnel de santé, représente une piste concrète pour les patients qui cherchent des outils utilisables au quotidien, en dehors des consultations.

Des applications de pacing (gestion du rythme d’activité) commencent aussi à émerger, comme PaceMe, qui aide à planifier ses efforts pour éviter les « crashs » de fin de journée. Les retours varient sur ce point, car l’intensité de la fatigue fluctue d’un jour à l’autre, mais l’approche donne un cadre aux patients qui naviguaient jusque-là sans repère.

Impact social de la sclérose en plaques : emploi, couple, isolement

L’étude SocialMS de Ponzano et collaborateurs, publiée en 2026, a documenté l’impact de la SEP sur les déterminants sociaux de la santé. Les résultats pointent des effets concrets sur la vie professionnelle, les relations de couple et l’intégration sociale.

Côté emploi, le schéma est souvent le même : la personne réduit d’abord son temps de travail, puis change de poste, puis finit par quitter le marché du travail. Ce n’est pas toujours le handicap physique qui précipite la sortie. La fatigue chronique et les troubles cognitifs suffisent à rendre un poste intenable, même en bureau.

Côté couple et famille, la charge invisible pèse dans les deux sens. La personne atteinte culpabilise de ne plus « tenir son rôle ». Le conjoint ou la conjointe endosse progressivement un rôle d’aidant, sans formation ni soutien. Les tensions apparaissent rarement autour du handicap visible. Elles surgissent sur l’imprévisibilité : annuler un projet au dernier moment, ne pas pouvoir promettre qu’on sera en forme samedi.

  • Réduction progressive du temps de travail, souvent bien avant la reconnaissance officielle du handicap
  • Isolement social lié à l’incapacité de planifier des activités à l’avance
  • Charge mentale accrue pour l’entourage, qui doit compenser sans toujours comprendre les symptômes invisibles

Femme souffrant de troubles cognitifs liés à la sclérose en plaques concentrée devant son ordinateur dans un bureau à domicile

Troubles cognitifs et SEP : mémoire, attention, vitesse de traitement

On associe la sclérose en plaques aux jambes qui lâchent, pas à la mémoire qui flanche. Les troubles cognitifs font pourtant partie des symptômes fréquents. Ils touchent la mémoire de travail, la vitesse de traitement de l’information et les fonctions exécutives (planification, prise de décision).

En situation concrète, cela donne : perdre le fil d’une réunion après dix minutes, oublier un rendez-vous noté la veille, mettre plus longtemps à comprendre une consigne orale complexe. Ces difficultés sont souvent confondues avec du stress ou un manque de motivation, y compris par les proches.

Le problème est aggravé par le fait que ces troubles fluctuent. Un jour, tout va bien. Le lendemain, la personne peine à lire un paragraphe. Cette variabilité rend le symptôme difficile à faire reconnaître, que ce soit en milieu professionnel ou dans le cadre d’une demande de compensation.

Dépression et anxiété dans la SEP

La dépression touche une proportion élevée de personnes vivant avec la SEP. Elle n’est pas seulement une réaction au diagnostic ou au handicap. Les lésions cérébrales causées par la maladie peuvent directement altérer les circuits impliqués dans la régulation de l’humeur. L’anxiété, elle, se nourrit de l’incertitude permanente : quand viendra la prochaine poussée, quels symptômes resteront, combien de temps on pourra continuer à travailler.

Santé mentale et SEP doivent faire partie de la prise en charge dès le diagnostic, pas seulement quand la détresse devient visible. Les programmes numériques récents, qui ciblent spécifiquement les conséquences émotionnelles et sociales de la maladie, commencent à offrir un complément structuré aux consultations classiques.

La sclérose en plaques ne se résume pas à ce qu’on voit sur une IRM ou à un score de handicap moteur. Les symptômes invisibles (fatigue neurologique, troubles cognitifs, difficultés de double tâche, dépression) sont ceux qui, au quotidien, restreignent le plus le périmètre de vie des patients. Les reconnaître, les nommer et les intégrer dans le parcours de soins reste le levier le plus direct pour améliorer la qualité de vie.

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